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Mobilité électrique : défis industriels liés à la production de batteries et de stations de charge dans les filières automobile et énergie

Mobilité électrique : défis industriels liés à la production de batteries et de stations de charge dans les filières automobile et énergie

Mobilité électrique : défis industriels liés à la production de batteries et de stations de charge dans les filières automobile et énergie

La mobilité électrique est sortie de la phase de promesse. Les volumes de véhicules augmentent, les réglementations s’accélèrent, les investissements se chiffrent en milliards. Pourtant, derrière les annonces spectaculaires de gigafactories et de réseaux de recharge ultra-rapide, les défis industriels restent considérables. Pour les filières automobile et énergie, la capacité à produire des batteries et des stations de charge de manière fiable, rentable et durable est en train de devenir un facteur décisif de compétitivité.

Où en est réellement l’industrie ? Quels sont les principaux points de blocage sur le terrain ? Et surtout, comment les acteurs peuvent-ils adapter leurs organisations, leurs supply chains et leurs outils industriels pour tenir la promesse d’une mobilité électrique de masse ?

Un contexte de marché sous tension : volumes en hausse, chaînes de valeur en recomposition

En Europe, la part de marché des véhicules électrifiés (100 % électriques et hybrides rechargeables) flirte désormais avec 20 à 25 % des immatriculations neuves selon les pays. Les annonces de fin de vente de véhicules thermiques neufs d’ici 2035 poussent les constructeurs à accélérer, parfois plus vite que leur base industrielle ne peut suivre.

Parallèlement, les énergéticiens, opérateurs de réseaux et nouveaux entrants se livrent une bataille pour déployer des infrastructures de recharge à grande échelle, sur la voie publique, dans les parkings d’entreprises, les sites logistiques ou les habitats collectifs. Le besoin n’est plus expérimental mais massif.

Dans ce contexte, deux maillons concentrent l’essentiel des tensions industrielles :

Les constructeurs automobiles, les équipementiers, les industriels de l’énergie et de la logistique se retrouvent à devoir gérer simultanément montée en volume, montée en complexité technologique et pression réglementaire autour du carbone, de la circularité et de la souveraineté industrielle.

Batteries : une industrialisation sous contraintes multiples

La batterie n’est plus considérée comme un simple composant, mais comme un actif stratégique. Derrière ce basculement, plusieurs défis industriels se cumulent.

Approvisionnement en matériaux critiques. Lithium, nickel, cobalt, manganèse, graphite : la sécurisation des matières premières conditionne la montée en puissance des usines. La volatilité des prix, les risques géopolitiques et les exigences environnementales sur l’extraction rendent les business plans fragiles.

Sur le terrain, cela se traduit par :

Montée en cadence des gigafactories. Fabriquer une batterie, ce n’est pas seulement assembler des cellules. C’est maîtriser une succession d’étapes extrêmement sensibles : mélange des électrodes, enduction, séchage, calibration, formation, vieillissement. Chaque étape exige une stabilité de process et une qualité d’exécution dignes de l’industrie pharmaceutique.

Les retours d’expérience des premières gigafactories européennes montrent que :

Qualité, sécurité et traçabilité. La moindre non-conformité peut générer un risque de surchauffe ou d’incendie, avec des conséquences majeures sur la réputation du constructeur. D’où une exigence très forte en contrôle qualité, tests électriques, suivi des lots et traçabilité de bout en bout.

Concrètement, les industriels déploient :

Compétences et organisation. Les gigafactories obligent à combiner cultures industrielles distinctes : chimie des matériaux, électronique de puissance, assemblage mécanique, data et automatisation avancée. Les pénuries de profils qualifiés (opérateurs, techniciens, ingénieurs procédés) sont aujourd’hui un frein concret à la montée en cadence.

Les sites qui réussissent le mieux ont souvent investi très tôt dans :

Stations de charge : industrialiser à la fois le produit et le déploiement

Le marché des bornes de recharge s’est structuré en quelques années seulement, mais il reste encore fragmenté, avec une grande diversité de standards, de puissances et d’usages. L’enjeu ne se limite pas à fabriquer une borne ; il s’agit aussi de garantir sa disponibilité, sa cybersécurité et son intégration au réseau électrique.

Standardisation et modularité produit. Les premiers déploiements ont souvent mêlé des références multiples, difficiles à maintenir et à mettre à jour. Les industriels de la recharge pivotent aujourd’hui vers :

Cette approche permet des gains significatifs sur les coûts de production, les stocks de pièces détachées et la rapidité d’intervention sur site.

Capacité de production et chaîne logistique. Les OEM de bornes font face à des pics de demande liés aux appels d’offres publics, aux plans de déploiement d’enseignes de retail ou d’acteurs de la logistique. La difficulté est de lisser l’activité industrielle alors que les projets avancent souvent par vagues.

Les entreprises les plus avancées structurent leur supply chain autour de :

Intégration réseau et cybersécurité. Une station de charge n’est plus un simple point électrique, mais un équipement connecté qui dialogue avec des systèmes de supervision, des plateformes de paiement, voire des opérateurs de flexibilité énergétique.

Sur le plan industriel et opérationnel, cela implique :

Maintenance et disponibilité. La perception de la qualité de service par l’utilisateur final se joue à l’usage : borne qui fonctionne, paiement fluide, puissance délivrée conforme à l’affichage. Pour les opérateurs, l’enjeu devient industriel : concevoir et déployer une organisation de maintenance structurée, outillée, pilotée par la donnée.

Les bonnes pratiques observées incluent :

Coordonner les filières automobile et énergie : vers des écosystèmes industriels intégrés

La mobilité électrique casse les silos traditionnels. Constructeurs, énergéticiens, équipementiers, opérateurs de réseaux, logisticiens doivent désormais co-concevoir l’offre. Cette interdépendance crée de nouveaux défis organisationnels et industriels.

Aligner les roadmaps produits. Un constructeur qui développe une nouvelle plateforme de véhicules électriques à 800 V a besoin que des bornes haute puissance compatibles soient disponibles dans les pays ciblés. Inversement, un opérateur qui investit dans des stations 350 kW doit anticiper le parc roulant qui en bénéficiera réellement.

Les coopérations industrielles les plus efficaces reposent sur :

Gérer l’impact sur les réseaux électriques. La montée en puissance simultanée des flottes électriques (véhicules particuliers, utilitaires, poids lourds) et des infrastructures de recharge rapide implique une transformation profonde du système électrique.

Industriellement, cela se traduit par la nécessité de :

Imaginer des modèles industriels “vehicule-to-everything”. Les solutions V2G (vehicle-to-grid) ou V2B (vehicle-to-building) transforment les batteries des véhicules en actifs énergétiques potentiels. Mais pour passer du concept à l’industrialisation, il faut repenser la manière de produire, de certifier et de maintenir ces systèmes.

Les questions à adresser sont concrètes :

Industrialiser plus vite, mieux et avec moins d’impact : leviers opérationnels

Pour les dirigeants industriels, la question clé est désormais : comment exécuter ? Au-delà des annonces, quels leviers activer sur le terrain pour gagner en robustesse, en vitesse et en compétitivité ?

Standardiser sans brider l’innovation. Dans un environnement encore en mouvement, la tentation est forte de multiplier les variantes pour répondre à tous les cas d’usage. Or, cette complexité se paye en coûts industriels et en risques de qualité.

Une démarche pragmatique consiste à :

Investir dans les données de production et les jumeaux numériques. Dans les gigafactories comme dans les usines de bornes, la quantité de données générées est considérable (capteurs, bancs de test, systèmes de supervision). L’enjeu n’est plus de collecter, mais d’exploiter.

Les cas d’usage les plus générateurs de valeur incluent :

Sécuriser la supply chain sur toute la durée de vie. L’équation ne se limite pas à l’amont (matières premières, composants) mais s’étend à l’aval : réemploi, réparation, recyclage.

Les industriels qui anticipent structurent dès maintenant :

Mettre en place des indicateurs de performance adaptés. Les KPI hérités de l’automobile thermique ou de l’électronique ne suffisent pas. Pour piloter efficacement la montée en puissance des lignes batteries et des stations de charge, les entreprises gagnent à suivre des indicateurs spécifiques, par exemple :

Préparer dès aujourd’hui la vague suivante

La première vague de mobilité électrique a été portée par l’effet réglementation, l’innovation produit et les aides à l’achat. La suivante sera industrielle : elle distinguera les acteurs capables de délivrer à grande échelle une valeur fiable, compétitive et durable.

Pour les entreprises des filières automobile et énergie, la question n’est plus de savoir s’il faut investir dans les batteries et les stations de charge, mais comment organiser ces investissements pour qu’ils produisent un avantage durable.

Les retours du terrain convergent vers quelques priorités opérationnelles :

La mobilité électrique n’est plus un projet d’innovation, c’est un chantier de transformation industrielle à grande échelle. Ceux qui réussiront ne seront pas seulement ceux qui auront les meilleures technologies, mais ceux qui sauront les fabriquer, les déployer et les maintenir avec la rigueur d’une véritable industrie d’infrastructures. Autrement dit, passer de la course aux annonces à la maîtrise des opérations.

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