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Industrie pharmaceutique : digitalisation des lignes de conditionnement et conformité réglementaire dans un environnement fortement normé

Industrie pharmaceutique : digitalisation des lignes de conditionnement et conformité réglementaire dans un environnement fortement normé

Industrie pharmaceutique : digitalisation des lignes de conditionnement et conformité réglementaire dans un environnement fortement normé

Un secteur sous pression réglementaire et économique

Sur les lignes de conditionnement pharmaceutique, chaque seconde compte… et chaque donnée aussi. Entre exigences réglementaires renforcées, complexification des formats (formes galéniques, tailles de lots, pays de destination) et pression sur les coûts, les usines pharmaceutiques n’ont plus vraiment le choix : la digitalisation n’est plus un “plus”, c’est une condition de survie industrielle.

Le cadre réglementaire, déjà exigeant, s’est densifié ces dernières années : sérialisation obligatoire, traçabilité unitaire, exigences de data integrity (ALCOA+), normes type GMP, Annexes 11 et 15 des EU-GMP, 21 CFR Part 11 pour les enregistrements électroniques, guidelines GAMP 5 pour la validation des systèmes informatisés. À cela s’ajoutent les audits réguliers des autorités (ANSM, EMA, FDA) et des donneurs d’ordre, qui passent au crible les systèmes de contrôle, de documentation et de gestion des déviations.

Dans de nombreuses usines, les lignes de conditionnement restent pourtant pilotées par un mix de systèmes hétérogènes : automates non connectés, feuilles Excel, formulaires papier, historiques de production partiellement saisis. Résultat : difficulté à prouver la conformité en temps réel, temps perdu en investigations et un risque accru d’écarts lors des inspections.

La question n’est donc plus “Faut-il digitaliser ?” mais “Comment digitaliser vite, bien, et sans fragiliser la conformité réglementaire ?”.

Digitalisation des lignes : quels enjeux concrets pour les industriels pharmaceutiques ?

La digitalisation des lignes de conditionnement ne se limite pas à “mettre des tablettes” sur le terrain. Elle touche le cœur des processus GMP. Les enjeux se situent à plusieurs niveaux.

1. Sécuriser la conformité dans un environnement multi-normes

Sur une même ligne, il n’est pas rare de gérer :

Sans digitalisation robuste, le risque d’erreur de configuration (mauvaise maquette d’étiquette, paramétrage de ligne incomplet, documentation incomplète) est réel, avec à la clé des rejets de lots, des retards de mise sur le marché, voire des rappels.

2. Gagner en flexibilité sans dégrader la qualité

Les volumes se fragmentent, les références explosent et les formats évoluent fréquemment (nouveaux marchés, changements réglementaires, rebranding). Une ligne de conditionnement doit souvent passer de la blisphère à la bouteille, puis à la seringue préremplie sur une même semaine, avec des configurations complexes (caméras, peseuses, systèmes de marquage, modules de sérialisation).

La digitalisation permet de :

3. Maîtriser les coûts dans un contexte de pression tarifaire

Dans un environnement où les prix des médicaments sont négociés âprement et où les coûts de production augmentent (énergie, matières premières, exigences réglementaires), la performance des lignes devient centrale :

Une digitalisation maîtrisée vise précisément à fiabiliser la donnée, à réduire les temps non productifs et à sécuriser les mises sur le marché.

Les piliers d’une ligne de conditionnement digitalisée et conforme

Digitaliser, oui, mais comment éviter le “big bang” informatique ingérable sur le terrain ? Les retours d’expérience montrent qu’une approche par briques fonctionnelles, alignée sur les référentiels réglementaires, est la plus efficace.

1. S’appuyer sur une architecture de données claire et maîtrisable

La première question à se poser : où se trouve la vérité des données critiques de la ligne ? Dans le MES, l’ERP, le LIMS, les automates, les systèmes de sérialisation, le logiciel d’étiquetage ? Sans gouvernance claire de la donnée, la conformité devient fragile.

Les industriels les plus avancés structurent leur architecture autour de quelques principes :

Cette fondation est indispensable pour répondre aux attentes de l’Annexe 11 et du 21 CFR Part 11 en matière de données électroniques.

2. Mettre en place un MES ou un “eBR” adapté aux réalités de la ligne

Le passage du dossier de lot papier vers un Batch Record électronique (eBR), souvent intégré à un MES (Manufacturing Execution System), est l’un des leviers majeurs de digitalisation des lignes de conditionnement.

Un eBR bien conçu permet de :

Point clé : l’outil doit être pensé “avec” l’atelier, pas “pour” l’atelier. Un eBR trop complexe, avec des écrans surchargés ou des validations à répétition, finit par générer des contournements ou des lourdeurs… et n’apporte pas la valeur attendue.

3. Gérer la sérialisation et l’agrégation de manière intégrée

Depuis la mise en œuvre des directives de sérialisation (FMD en Europe, DSCSA aux États-Unis, réglementations Russie, Arabie Saoudite, etc.), les lignes de conditionnement ont vu arriver caméras, imprimantes haute résolution, systèmes d’agrégation, et plateformes de gestion des numéros uniques.

Les écueils fréquemment observés :

Une approche intégrée consiste à :

4. Assurer la validation des systèmes informatisés dès la conception

Dans un environnement fortement normé, un projet de digitalisation qui néglige la validation des systèmes (CSV – Computerized System Validation) est un projet à risque. Les guidelines GAMP 5 fournissent un cadre pragmatique, encore largement sous-exploité.

Les bonnes pratiques observées sur le terrain :

Mode d’emploi : réussir la digitalisation d’une ligne de conditionnement sans bloquer l’atelier

Comment passer à l’échelle sans paralyser la production pendant des mois ? Les usines qui réussissent combinent approche progressive et pilotage par les usages.

Étape 1 – Cartographier les processus et les irritants

Avant tout développement, une cartographie fine des processus de conditionnement est indispensable :

Cette cartographie permet de prioriser les cas d’usage de digitalisation qui apportent le plus de valeur, plutôt que de viser un déploiement monolithique.

Étape 2 – Démarrer par un “pilote” représentatif mais maîtrisable

Un projet pilote efficace n’est pas forcément la ligne la plus complexe, mais celle qui :

L’objectif n’est pas de “tout réussir du premier coup”, mais de sécuriser le modèle (processus, outil, gouvernance) à répliquer ensuite.

Étape 3 – Co-concevoir les écrans et les flux avec les utilisateurs

Les opérateurs et chefs d’équipe sont les premiers utilisateurs de la solution. Les associer réellement (et pas seulement en revue de fin de projet) change la donne :

Un indicateur simple : si, au bout de quelques jours de prise en main, les opérateurs gagnent réellement du temps par rapport au papier, c’est que la conception fonctionne.

Étape 4 – Définir une gouvernance durable des données et des systèmes

Digitaliser une ligne, ce n’est pas “installer un logiciel” puis passer à autre chose. Sans gouvernance claire, les systèmes se dégradent rapidement.

Points de vigilance :

Une gouvernance formalisée, partagée entre Qualité, IT et Production, est souvent le facteur différenciant entre un projet “vitrine” et un dispositif durablement performant.

Quels indicateurs suivre pour piloter la performance et la conformité ?

La digitalisation apporte beaucoup de données. Encore faut-il savoir lesquelles transformer en indicateurs actionnables. Quelques KPI se retrouvent régulièrement chez les industriels pharmaceutiques qui ont engagé cette transformation :

Ces indicateurs, présentés régulièrement en comité de pilotage Production/Qualité/IT, permettent d’ajuster les paramétrages, les formations et les process pour tirer pleinement parti de la digitalisation.

Checklist : les points à sécuriser avant de lancer (ou d’accélérer) votre projet

Pour finir, une checklist opérationnelle pour les directeurs d’usine, responsables qualité et responsables industriels qui envisagent la digitalisation de leurs lignes de conditionnement.

La digitalisation des lignes de conditionnement pharmaceutique, lorsqu’elle est menée avec méthode, devient un levier puissant : elle renforce la conformité, améliore la performance et redonne de la visibilité aux équipes sur ce qui se passe réellement en atelier. Dans un environnement où les exigences réglementaires ne vont pas diminuer et où la pression économique reste forte, les sites qui sauront transformer leurs lignes en plateformes digitales robustes disposeront d’un avantage compétitif durable, tant auprès des autorités que des donneurs d’ordre.

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