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Gestion de la donnée industrielle : gouvernance, souveraineté et valorisation des informations de terrain dans l’usine connectée

Gestion de la donnée industrielle : gouvernance, souveraineté et valorisation des informations de terrain dans l’usine connectée

Gestion de la donnée industrielle : gouvernance, souveraineté et valorisation des informations de terrain dans l’usine connectée

Capteurs, automates, MES, ERP, IoT, jumeaux numériques… En quelques années, l’usine s’est couverte de systèmes capables de générer des volumes massifs de données. Pourtant, dans de nombreuses organisations industrielles, ces informations restent sous-exploitées, éparpillées ou peu fiables. Résultat : des décisions prises « à l’ancienne », sur la base d’intuitions et d’Excel, alors même que la donnée de terrain pourrait devenir un véritable levier de compétitivité.

La question n’est plus de savoir s’il faut collecter de la donnée, mais comment la gouverner, la sécuriser et la valoriser dans un contexte d’usine connectée. Avec, en toile de fond, un enjeu stratégique : garder la maîtrise – et donc la souveraineté – sur un patrimoine informationnel qui devient aussi critique que les lignes de production elles-mêmes.

Usine connectée : de la donnée partout, de la valeur… nulle part ?

Dans les sites industriels, les symptômes se ressemblent d’un secteur à l’autre :

Résultat : les données existent, mais elles ne « parlent » pas entre elles. L’analyste passe plus de temps à nettoyer, réconcilier et reformater qu’à produire des insights utiles. Et les équipes terrain finissent par se méfier des indicateurs qu’elles jugent peu représentatifs de la réalité du shopfloor.

C’est ici que la gestion de la donnée industrielle devient un sujet stratégique, qui ne relève plus seulement de l’IT, mais de la direction d’usine, de la direction industrielle et, de plus en plus, de la direction générale.

Gouvernance de la donnée industrielle : poser les règles du jeu

La gouvernance de la donnée, ce n’est pas un buzzword de consultants : dans l’usine connectée, c’est un prérequis pour éviter l’anarchie des données et les décisions biaisées.

Trois questions structurantes reviennent systématiquement dans les projets réussis :

Concrètement, les industriels qui avancent le plus vite adoptent une approche très opérationnelle de la gouvernance :

L’objectif n’est pas de suradministrer la donnée, mais de lui donner un cadre suffisamment clair pour que les projets de valorisation (IA, analytique, optimisation) ne se transforment pas en empilement de « POC vitrines ».

Souveraineté : garder la main sur un actif stratégique

La souveraineté des données industrielles ne se résume pas à une question de localisation physique des serveurs. C’est d’abord la capacité de l’entreprise à maîtriser :

Dans le contexte actuel, plusieurs points d’attention remontent régulièrement du terrain :

Les industriels les plus avancés mettent en place une grille de criticité des données, avec des règles associées. Par exemple :

La souveraineté est aussi une question de réversibilité : comment récupérer et réutiliser ses données si l’on change de fournisseur MES, ERP ou plateforme IoT ? Des formats ouverts, des API documentées et une politique de sauvegarde structurée font ici toute la différence.

Sécuriser la donnée industrielle : quand l’OT rejoint l’IT

L’ouverture croissante des systèmes industriels (OT) vers les SI (IT) multiplie les surfaces d’attaque. Une cyberattaque sur un serveur de données de production n’est pas qu’un sujet informatique : elle peut immobiliser une ligne, perturber la supply chain, voire compromettre la qualité produit.

Les bonnes pratiques qui s’installent dans les usines connectées incluent :

Autre évolution notable : la collaboration accrue entre responsables IT, responsables industriels et RSSI. Sans ce trio, la sécurisation de la donnée industrielle reste théorique ou incomplète.

Valoriser les données de terrain : trois cas d’usage concrets

Une fois la gouvernance et la maîtrise posées, la question devient : comment transformer ces données en gains tangibles pour l’usine ? Les cas d’usage les plus matures se retrouvent souvent sur trois axes.

1. Maintenance prédictive et performance des équipements

Objectif : réduire les arrêts non planifiés et optimiser les plans de maintenance.

Sur le terrain, des industriels de la métallurgie, de l’agroalimentaire ou de la chimie constatent des réductions d’arrêts non planifiés de 20 à 40 %, avec un ROI mesurable en quelques mois.

2. Qualité process et réduction des rebuts

Objectif : identifier les paramètres de production qui influencent le plus la qualité, puis les maîtriser.

Les gains typiques : diminution de 10 à 30 % des rebuts et retours clients, amélioration de la stabilité process et réduction des temps de mise au point lors des changements de série.

3. Optimisation énergétique et décarbonation

Objectif : maîtriser et réduire les consommations d’énergie, poste de coûts et enjeu environnemental majeurs.

Les retours d’expérience montrent des économies d’énergie de 5 à 15 % sans investissements lourds, simplement par meilleure exploitation des données existantes et ajustement des pratiques.

Mettre en place une démarche data dans l’usine : mode d’emploi

Pour éviter l’effet catalogue de projets, les sites qui réussissent structurent leur démarche en quelques étapes clés.

1. Partir des enjeux industriels, pas de la technologie

La question de départ n’est pas « que faire avec un data lake ? », mais « quels sont mes trois principaux irritants de performance ? ». Exemples :

Chaque irritant devient un cas d’usage prioritaire, avec un sponsor métier (chef d’atelier, responsable maintenance, directeur industriel).

2. Cartographier et fiabiliser les sources de données

Avant de parler IA, il faut souvent passer par une étape moins glamour mais indispensable :

C’est à ce stade que se prennent des décisions structurantes sur l’architecture : data lake, historisation OT, passerelles edge, etc.

3. Prototyper rapidement, mais avec la production

Les POC utiles sont ceux qui sont co-construits avec les équipes terrain :

L’objectif : démontrer en quelques semaines un impact concret (réduction d’arrêts, amélioration de la première passe, baisse de consommation), puis passer en déploiement à l’échelle.

4. Industrialiser et outiller la démarche

Une fois les premiers cas d’usage validés, il faut structurer la montée en puissance :

C’est aussi le moment de clarifier les rôles : qui fait quoi entre les équipes centrales (groupe), les sites et les partenaires externes.

Architecture et technologies : trouver le bon équilibre

Sur le terrain, la question n’est plus « faut-il une plateforme de données ? », mais « comment l’architecturer pour concilier performance, souveraineté et pragmatisme ? ».

Quelques tendances se dégagent :

L’enjeu est de limiter la complexité : multiplier les couches techniques sans gouvernance claire revient à recréer des silos… plus modernes, mais tout aussi problématiques.

Indicateurs et checklist pour piloter la donnée industrielle

Comme tout projet industriel, la gestion de la donnée a besoin de ses propres indicateurs. Quelques KPI suivis par les directions industrielles et data :

Pour savoir où en est votre organisation, une courte checklist opérationnelle peut servir de point de départ :

La gestion de la donnée industrielle n’est plus un sujet purement technique ni un luxe réservé aux « usines vitrines ». C’est un chantier structurant, qui conditionne la capacité de l’entreprise à piloter finement ses opérations, à sécuriser ses savoir-faire et à engager sa transformation vers une industrie plus agile, plus sobre et plus compétitive.

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