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Décarbonation de l’industrie : leviers concrets pour réduire l’empreinte carbone des sites de production et améliorer leur compétitivité

Décarbonation de l’industrie : leviers concrets pour réduire l’empreinte carbone des sites de production et améliorer leur compétitivité

Décarbonation de l’industrie : leviers concrets pour réduire l’empreinte carbone des sites de production et améliorer leur compétitivité

Décrypter le nouveau contexte : pourquoi la décarbonation devient un sujet business avant tout

Longtemps perçue comme une contrainte réglementaire, la décarbonation de l’industrie est en train de devenir un levier direct de compétitivité. Hausse du prix de l’énergie, pression des donneurs d’ordre, exigences ESG des investisseurs, nouvelles réglementations européennes (Fit for 55, CBAM, CSRD) : le sujet n’est plus uniquement environnemental, il est économique et stratégique.

Quelques signaux très concrets :

En filigrane, une ligne directrice simple : l’usine qui sait produire plus sobre, plus efficace et plus « lisible » (données, reporting) aura demain un avantage concurrentiel net. La question n’est donc plus : « Faut-il décarboner ? », mais plutôt : « Comment le faire vite, bien et sans mettre en risque l’outil de production ? »

Définir le périmètre : de quoi parle-t-on quand on parle de décarbonation d’un site industriel ?

Avant de se lancer dans les plans d’actions, un rappel utile : sur un site industriel, les émissions de gaz à effet de serre se répartissent généralement en trois grandes catégories :

Sur un site de production, les premiers leviers concrets concernent généralement :

C’est à cette échelle très opérationnelle que la décarbonation peut, et doit, générer des gains rapides : baisse de facture, amélioration de la performance industrielle, sécurisation des approvisionnements.

Premier levier : réduire la demande énergétique sans impacter la production

La première tonne de CO₂ la moins chère est celle que l’on ne consomme pas. Dans les faits, les sites industriels disposent souvent de gisements d’efficacité énergétique sous-exploités, pour une raison simple : l’énergie reste encore trop souvent considérée comme une charge fixe et non comme une variable pilotable au même titre que la productivité.

Trois axes d’action prioritaires se dégagent sur le terrain.

1. Mettre en place un monitoring temps réel des consommations

Sans mesure fine, pas d’optimisation durable. Les industriels les plus avancés déploient des systèmes de management de l’énergie (type ISO 50001) articulés autour de :

Retour d’expérience : un site de plasturgie de 250 personnes ayant simplement segmenté ses consommations électriques par atelier et mis en place un suivi quotidien a réduit sa facture de 8 % en un an, sans investissement lourd, en corrigeant des dérives et des fonctionnements à vide.

2. Traquer les « basiques » souvent sous-estimés

Les audits énergétiques montrent régulièrement que 10 à 15 % des économies potentielles se trouvent dans des actions simples :

Ce sont rarement des sujets « sexy », mais ils délivrent des gains rapides avec des ROI souvent inférieurs à 3 ans.

3. Optimiser l’organisation de la production

L’efficacité énergétique est aussi une question de planification. Quelques leviers concrets :

Certains sites intègrent désormais, dans leur APS (Advanced Planning & Scheduling), un « coût carbone » en plus du coût matière et du temps machine, afin de piloter les arbitrages en conséquence.

Deuxième levier : décarboner le mix énergétique du site

Une fois la demande optimisée, la question devient : comment verdir l’énergie restante, sans perdre en disponibilité ni en fiabilité ? Là aussi, les solutions concrètes se multiplient, avec des modèles économiques de plus en plus matures.

1. Électricité bas carbone : PPA, autoconsommation, garanties d’origine

Pour la part électrique, plusieurs options sont aujourd’hui combinées :

Un industriel agroalimentaire breton a ainsi combiné 2 MWc de photovoltaïque en toiture avec un PPA éolien, réduisant de 60 % l’intensité carbone de son électricité tout en sécurisant une partie de son prix sur 10 ans.

2. Chaleur bas carbone : biomasse, chaleur fatale, réseaux de chaleur

Pour les besoins thermiques, les trajectoires sont plus complexes mais les retours d’expérience se multiplient :

Un site de fabrication de matériaux de construction a récupéré la chaleur des gaz de sortie de son four principal pour préchauffer la matière première : résultat, une baisse de 12 % de la consommation de gaz sur la ligne.

3. Substituer progressivement les énergies fossiles

Suivant le secteur, plusieurs voies sont testées ou déployées :

L’enjeu est de sécuriser des solutions techniquement robustes, adaptées au process et compatibles avec la durée de vie de l’outil industriel. D’où l’importance d’une feuille de route énergétique à 10-15 ans, co-construite avec les équipes techniques, finances et achats.

Troisième levier : revoir le procédé et le design produit

La vraie rupture en matière de décarbonation vient rarement des seules actions « périphériques ». Elle se joue souvent au cœur même du procédé de fabrication et du design des produits.

1. Optimiser ou changer de technologie de procédé

Chaque fois que c’est possible, il est pertinent d’interroger la technologie elle-même :

Dans la métallurgie, par exemple, le passage de certains traitements thermiques au chauffage par induction a permis de réduire l’énergie consommée de 20 à 40 % selon les cas, avec en prime une meilleure répétabilité des cycles.

2. Éco-concevoir les produits pour alléger le bilan carbone

La conception produit pèse fortement sur les émissions d’un site :

En travaillant conjointement bureau d’études, achats et industrialisation, de nombreux industriels parviennent à :

Dans l’industrie automobile, ces démarches permettent désormais de baisser de 10 à 15 % l’empreinte carbone de certains composants, simplement via l’optimisation des épaisseurs, le choix de nuances d’acier moins carbonées et l’augmentation de la part de recyclé.

Quatrième levier : digitaliser le pilotage carbone du site

Suivre son empreinte carbone une fois par an dans un rapport PDF n’est plus suffisant. Les industriels les plus avancés basculent vers un pilotage carbone en temps (quasi) réel, intégré aux décisions quotidiennes.

1. Construire un référentiel de données carbone fiable

Premier chantier : la donnée. Les principales étapes :

L’objectif : être capable de répondre à une question simple mais décisive pour le business – « Quel est le contenu carbone par unité produite, par client, par gamme ? »

2. Intégrer le carbone dans les décisions opérationnelles

Une fois la donnée structurée, plusieurs usages concrets émergent :

C’est cette « carbon-intelligence » qui permet, par exemple, de piloter les investissements avec une logique de valeur à long terme, et non uniquement de ROI financier à court terme.

Mobiliser les équipes : la dimension managériale, souvent sous-estimée

Un programme de décarbonation qui reste cantonné aux services QHSE ou RSE échoue quasi systématiquement. Pour qu’il produise des effets durables, il doit être porté par la direction industrielle et relayé dans les ateliers.

1. Rendre les objectifs lisibles et partagés

Quelques bonnes pratiques observées sur le terrain :

2. Faire des opérateurs des acteurs de la décarbonation

Les opérateurs sont souvent les premiers à voir les dérives et les gaspillages, à condition qu’on les y associe :

Sur un site de conditionnement, un simple chantier Lean initié avec les opérateurs sur les temps d’attente et les démarrages machines a généré 5 % d’économies d’électricité, avec une amélioration simultanée du TRS.

Les indicateurs à suivre pour piloter la décarbonation comme un projet industriel

Ce qui se mesure se pilote. Pour éviter que la décarbonation ne reste un mot-clé dans les présentations, la clé est de l’ancrer dans un tableau de bord industriel robuste.

Quelques indicateurs structurants :

L’idée n’est pas de multiplier les KPI, mais de sélectionner ceux qui sont directement actionnables par les équipes opérationnelles.

Checklist opérationnelle : par où commencer sur un site de production ?

Pour les directions industrielles et les responsables de site qui souhaitent structurer la démarche, une séquence simple, en six étapes, permet de démarrer vite, sans attendre le « grand plan parfait ».

La plupart des sites qui ont engagé cette démarche observent un effet vertueux : les premiers succès créent une dynamique interne, facilitent l’obtention de budgets pour des projets plus ambitieux et renforcent la crédibilité du site vis-à-vis du groupe, des clients et des autorités.

Vers une industrie plus compétitive parce que plus sobre

La décarbonation n’est plus un exercice de communication, ni même un simple sujet réglementaire. C’est un chantier d’optimisation industrielle, avec des impacts directs sur :

Les sites qui réussiront seront ceux qui traiteront la décarbonation comme un projet industriel à part entière : mesuré, piloté, doté de ressources, articulé à la stratégie de production et aux attentes du marché.

En d’autres termes, la question n’est plus « combien la décarbonation va-t-elle coûter ? », mais bien « combien coûtera l’absence de décarbonation en termes de parts de marché, de marge et de pérennité du site ? »

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